Dans les petits papiers de Benoît Dudognon

Benoît Dudognon et Stéphanie Allard, fabriquent et transforment le papier japonais en suivant les principes ancestraux qu’ils sont allés apprendre au pays du soleil levant.

La maison est centenaire, nichée dans un village non loin du Salagou. Devant chantonne une source, derrière, un large jardin s’ouvre sur de nombreux possibles. Et on se surprend à penser qu’on a peut-être devant soi une représentation de l’ikigai. Cette notion japonaise qu’on traduit maladroitement en « joie de vivre » et « raison d’être » : ce qui vous donne envie de vous lever le matin.
Et c’est un beau résumé du travail de Benoît Dudognon qui, après dix années dans l’industrie papetière, a décidé de se lancer dans la fabrication du papier japonais, le washi, quand l’entreprise arlésienne dans laquelle il travaillait a mis la clé sous la porte « Je voulais rester dans le monde du papier, mais qu’il soit de qualité et qu’il ne pollue pas. J’avais découvert le papier japonais lors d’un stage de restauration de livres anciens, où il est beaucoup utilisé pour sa solidité. » C’est aussi un papier respectueux de la nature et de l’environnement, qui répond à leurs envies d’harmonie.

En famille au Japon pour apprendre un art millénaire

Toute la famille embarque donc en 2010 pour le Japon, où Benoît va se former à cet art vieux de treize siècles et inscrit en 2014 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco. A Misumi, petite ville sur la côte sud de la mer du Japon, des maîtres papetiers lui ouvrent leurs portes. « Ils m’ont transmis plus qu’un savoir-faire, une culture du papier. Quand je suis arrivé on m’a amené dans un musée toucher les œuvres. Là-bas on apprend la transmission de la douceur, de la résistance et de la lumière. Au Japon on dit ‘’le papier se fait avec le cœur, si tu n’a pas bon cœur tu ne fais pas du bon papier ‘’.»

Le maître de Benoît obtient du gouvernement le droit de lui transmettre les secrets de cette fabrication ancestrale, bien qu’il soit étranger. Pour ne pas que ce savoir-faire se perde : de 68 000 fabricants de washi il y a un siècle, ils ne sont plus que 200 environ aujourd’hui dans l’archipel. Depuis 2013, le Français produit son propre washi, dans les règles de l’art. Seul en Europe à bénéficier d’une autorisation officielle du gouvernement nippon.

Des gestes immémoriaux et mesurés

Cela passe par des gestes immémoriaux et mesurés, comme gratter l’écorce avec un couteau forgé au Japon, utiliser un cadre accroché au plafond par des ficelles pour pouvoir créer des feuilles de grande taille. Et surtout réaliser à la perfection le nagashizuki, « l’art de faire courir la pâte sur le tamis ». Cette vague tranquille et régulière imprimée au tamis égouttant la pâte, qui permet d’orienter les fibres en longueur et rend la feuille résistante. Un geste qui permet de faire des papiers d’une finesse infinie et à l’âme bien trempée.

« On fait du papier pour les gens, à la main. Chaque cuve pour nous c’est comme des enfants, c’est une nouvelle rencontre. On appelle d’ailleurs nos clients en fonction de l’écorce qu’on a dans les mains : on sait que le papier qu’on va en tirer va leur correspondre. »

Installés depuis février à Salasc, pour bénéficier d’une eau de source de qualité optimale, ils sont en train d’aménager leur atelier et leur futur showroom. En prenant le temps d’écouter les pierres et les vibrations de ceux qui sont passés avant eux. La transmission, toujours.

Sandra Ferley

Et l’arbre devient papier

Le kozo (Broussonetia papyrifera, mûrier de Chine), cultivé au Japon, est une espèce invasive en France, surtout dans le Sud. Il est récolté de fin novembre à février. Les branches sont mises en fagots et étuvées pour pouvoir décoller l’écorce.

Après séchage et retrempage, Benoît Dudognon la racle pour séparer la pellicule blanche, qui sera utilisée pour faire le papier. Elle subit une cuisson alcaline qui conserve la cellulose et fait disparaître la lignine, afin d’avoir une matière plus malléable et plus facile à travailler.
La pâte est ensuite battue avec un battoir en bois pendant plusieurs heures. Enfin, elle est mise dans une grande cuve pleine d’eau mêlée d’un mucilage (sorte de gelée visqueuse) obtenu à base de racines d’hibiscus avant de tamiser la pâte pour en faire des feuilles.

Après avoir été pressées en liasses, les feuilles sont posées une à une sur des planches de bois verticales où elles vont sécher au soleil avant d’être utilisées pour des tirages photos, des peintures, des stores, des cloisons…

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